Info M 4 - La nouvelle marionnette est un art de femme ?

Les femmes marionnettistes en Italie

De tout temps l’art de la marionnette en Italie et dans le monde on est par excellence un art masculin. Si pour s’amuser, on peut citer quelles femmes qui ont laissé ici et là leur noms et leur empreintes, en réalité il faut attendre la fin de la deuxième guerre mondiale et surtout pendant et après les années 70 pour voir vraiment apparaitre des noms significatifs de la marionnette au féminin.
Ici nous allons nous présenter quelques les femmes qui agissent seules ou en compagnie de femme et ce principalement pour ne pas dire exclusivement en Italie. Bien sur on pourrait évoquer les compagnies mixtes où les femmes on une très grande importance, mais voilà que ce qui nous intéresse c’est de faire découvrir un nouvel art de la marionnette, celle au féminin pluriel.

Avant de citer quelques grandes figures de la marionnette au féminin, il est le cas de ce demander si ils existent des points de différences entre la façon de faire des marionnettes par les femmes et celui des hommes ?. Il n’y a pas besoin de faire un grand effort pour s’apercevoir que la réponse est positive et ce sur beaucoup de points :
- l’écriture d’un texte pour marionnette d’une femme est rationnelle et structurée.
- la rapide improvisation masculine disparait, mais le mot reste une lame de couteau très tranchant.
- les thèmes choisis sont différents;
- les rythmes sont plus lents,
- la femme prend le temps d’expliquer d’être introspective.
- des couleurs apparaissent et d’autres disparaissent.
- des sons et des formes conquièrent l’espace théâtrale.

Ces premiers éléments, qui pratiquement sautent aux yeux ne sont en réalité que la pointe de l’iceberg femmes créatrices. Il peuvent être le point de départ d’une réflexion que par trop longtemps les hommes ont retardé… pour ne pas devoir reconnaitre aux femmes un engagement de poids vis-à-vis du théâtre, du théâtre de marionnette et tout simplement de la vie !

Photo: Anna Dell'Aquila est ses marionnettes à tringle

L’incontournable Maria Signorelli

Le grand nom de la marionnette italienne au féminin est madame Maria Signorelli de Rome (1908-1992). Elle n'est certainement pas la première dame de la marionnette, mais elle celle qui a vraiment marqué le XXème siècle. Elle a participé aux grands mouvements artistiques de l’avant guerre et a été l’une des actrices de la scènes marionnettique jusque dans les années 70. Elle fut l’une des rare à retenir l’attention des médias. Fondatrice et première présidente du Centre Unima-Italie, elle a été Professeur au DAMS de Bologne, mais aussi une des grandes historiennes de la marionnette. Parallèlement, au fil du temps, elle a collectionner des centaines, voir des milliers de documents et de poupées du monde entier, qui constituent aujourd’hui l’un des témoignages plus important de l’art de la marionnette du pays. Quand l’état italien se rendra compte qu’il faut protéger ce capitale ? A quand un musée ?

Photo: M. Signorelli avec les danseurs de tango,
« Die Puppen » de Maria Signorelli,
"Reclams Universum" (Leipzig), 11 février 1932
Du site : http://www.collezionemariasignorelli.it

 

Des femmes qui construisent un monde!

Outre Maria Signorelli et la toscane Laura Poli (1926 – 1991), qui non seulement anima avec passion sa compagnie, mais fut une intellectuelle attentive, ce n’est que vers 1985-90 qu’en Italie apparaissent des spectacles signés ou animés par exclusivement par des femmes. Comment ne pas citer Fiorenza Mariotti, cette artiste et universitaire, elle aussi toscane, a qui ont doit le terme de : « Teatro di Figura » cette simple formule qui permet enfin en italien d’évoquer non pas une technique mais tout un secteur, une profession, un art.
Ce n’est qu’à cette époque que l’on a enfin pu voir la femme comme artiste créatrice dans les arts de la marionnette. Les hommes ne les acceptaient pas en tant qu’artiste, mais seulement comme aide. Ce n’est que très récemment que l’on commence à s’apercevoir que les femmes peuvent et sont des créatrices originales.
Fiorenza Mariotti

Ne dit pas qu’elles ne sont que les femmes de (leur maris) !

Si dans les années 80, Anna Dell’Aquila (1921-1992) a pu donner son nom à la compagnie de marionnette à tringle de Canosa di Puglia ce n’est que parce qu’elle est resté la seule pour continuer la tradition de famille; et pourtant quelle grande artiste elle était ! Les pupi (les marionnettes à tringle) des Pouilles sont particulièrement lourdes et ne sont pas très facile à manier. Madame Dell’Aquila leur prêtait vie comme si de rien était et en même temps elle donnait les voix à tout les personnages.

 

Donna Italia la voix d’Angelica

Etre femme et marionnettiste en Italie n’a jamais été facile, mais l’être dans le sud du Pays, c’est pratiquement du sport! Donna Italia Napoli (Donna qui veut dire femme est un titre de mérite que l’on donne aux femmes dans le sud italien, Don est le titre pour les hommes) a eu beaucoup de mal à s’imposer comme artiste à part entière. Comme toute bonne sicilienne est a d’abord et longtemps été l’ombre de son génial mari, et n’était (seulement pour dire) que la voix d’Angelica et de tous les personnages féminins, oui ! mais quelle voix ! Puis elle fut la régente de la compagnie et maintenant à près de 90 ans, elle a laissé la place à ses fils et ses parents.

Donna Italia Napoli (Foto: Fabio Savagnone

 

Lucia et Gigliola Sarzi : les grandes sœurs d’un théâtre engagé !

Lucia et Gigliola sont filles et nièces des très fameux marionnettistes Sarzi. Chez les Sarzi on est marionnettiste de père en fils, mais voilà que les filles aussi s’emmêlent. Lucia a été une des grandes figures de la résistance italienne pendant la deuxième guerre mondiale et une artiste de très grande qualité. Gigliola a choisi le théâtre expérimental et a collaboré pendant des années avec la prestigieuse compagnie de Parme « Le Briciole ». Son talent est égale à sa joie de faire du théâtre ! (c’est pas peu dire).

Foto: Gigliola Sarzi


 

Kibel c’est le pied !


L’artiste romaine Laura Kibel a déjà une longue expérience dans le monde de la marionnette et du spectacle quand elle choisi de travailler littéralement avec ses pieds et sa marche pour elle. Ses deux pieds deviennent les protagonistes d’un jeu plein d’humour. La collaboration avec l’artiste argentine Veronica Gonzalez transforme leur spectacles en une course pédestre qui a débouchée sur de beaux de succès.


Foto: Laura Kibel prend son pied pour faire du beau théâtre


 

Donatella Pau : Sa terre au corps

Donatella Pau est Sarde et comme on le sait la Sardaigne est une l’ile. Mais ne croyez pas que c’est pour cela qu’elle est plusieurs fois isolée. Elle est une femme et elle l’assume. Elle est une artiste et en plus marionnettiste sur une ile où il n’existe pas du tout de tradition. Et bien que cela ne tienne ! Donatella Pau l’âme de la compagnie « Is Mascareddas » invente et impose un personnage pulcinellien « Areste Paganos » qui fait faire rire sarde ; ou si vous préférer il fait rire les sardes en racontant des histoire qui provienne de leur culture, de leur ile. Et si cella ne suffisait pas elle écrit ses textes et elle sculpte ses marionnettes. Donatella Pau a pleinement sa terre au corps !
Foto: "Donatella Pau dans son atelier". 2014. Giuseppe Argiolas

 

La jeune génération

Si d’une certaine façon le théâtre de marionnette est encore en train de chercher sa route, on peut affirmer que grâce aux productions de jeunes artistes comme Linda di Giacomo de Vérone ou Valentina Paolini et son Teatrino a Due Pollici et bien d’autres les marionnettes sont dans de bonnes mains. Que ce soit du coté du spectacle pour les enfants ou celui principalement destiné aux adultes.

De leur coté, Elena Baredi (actuellement prêté à la politique) et Sandra Pagliarini ont choisi une voie politique et sociale qui passe par un engagement créatif où les personnes handicapées sont les protagonistes d’un théâtre actif.

Federica Mancini à Rome a le courage d’animer le tout petit et délicieux théâtre « La Casetta » ; quand alla lombarde Gabriella Roggero reprend la route d’un théâtre qui pense.

La poésie et le bon humeur sont à l’honneur chez Lucia Osellieri de Padou ; et Francesca Zoccarato de Trieste anime les fils de ses marionnettes comme son compatriote le grand marionnettiste Vittorio Podrecca.

Si le plus grand nombre des femmes se dirigent vers des carrières sociales, d’autres n’hésitent pas à sculpter, créer, produire comme Simona Gollini de Modène marionnettiste amateur est en train de ce construire un registre théâtrale amusant.
 

photo: Elena Baredi

Actions pour une reconnaissance des femmes marionnettistes.

C’est en 2003 que le marionnettiste et chercheur Albert Bagno (un homme ! Non de ….) présente pour la première fois en Italie une étude et une exposition entièrement dédiées aux femmes marionnettistes.

En 2009 a eu lieu à Bergame un colloque spéciale sur le thème des femmes marionnettistes organisé par la Fondation Ravasio. A Bologne en 2010 et 2011 on eu lieu deux festivals de marionnettes réservées aux productions théâtrales faîtes par des femmes.

Avant de conclure cette promenade dans la création au féminin, il est bon de rappeler qu’en 2011, pour la première fois, grâce aux efforts d’Antonietta Sammartano, alors présidente de l’Unima-Italie, que la plus haute autorité de l’état, en la personne de Monsieur Giorgio Napolitano, le Président de la République italienne, a reconnu publiquement l’importance des femmes dans le cadre des arts de la marionnette. C’était le 8 mars, dans le cadre de la journée mondiale des droits de la Femme et à cette occasion il recevait officiellement : Mesdames Pina Ravasio de Bergame, Pina Patti Cuticchio de Palerme et Donna Italia Napoli de Catane. Ces trois personnalités ont été comme c’était la tradition non seulement les aides de leur maris ou de leurs fils, mais aussi des artistes hors paire ; et c’est à ce titre qu’il faut se rappeler d’elles !.

Paraphrasant le poète (Louis Aragon) « Y a pas de doute! La femme est l’avenir de l’art de la marionnette !». Youpi !
 

Albert Bagno